Semer des jardins agroécologiques avec les migrants pour cultiver la solidarité

L’idée et le contexte

Venant souvent de territoires ruraux, beaucoup de demandeurs d’asile expriment leur lien à la terre et le besoin de cultiver. En les rendant acteurs de la création d’un jardin, ils peuvent de nouveau pratiquer des gestes familiers, se rendre utiles et produire une partie de leur nourriture. Ils peuvent aussi échanger sur leurs pratiques et ce, pour les non-francophones, sans même avoir besoin de maitriser la langue, puisqu’au jardin l’observation et le geste sont les principaux moyens de transmission. En accompagnant des personnes en difficulté sociale, les jardins collectifs construisent des solidarités actives et développent l’esprit d’entraide, tout en luttant contre l’isolement et les discriminations.

En s’appuyant sur la mise en place de jardins agroécologiques collectifs, ce projet vise donc à répondre à plusieurs enjeux :

  • Créer des lieux d’échanges, de partage, d’entraide, de convivialité et de solidarités nouvelles pour prévenir l’exclusion et favoriser l’inclusion dans le territoire d’accueil

En créant des liens hebdomadaires lors d’échanges ou d’activités communes avec les bénévoles et/ou habitants, le jardin est un lieu privilégié pour favoriser les rencontres, le changement de regard et la sensibilisation de la population sur les questions en lien avec les migrations. Autour d’un repas préparé ensemble, d’un chantier de semis… : c’est en faisant ensemble que l’on réussit à mieux se connaitre, et donc se comprendre.

  • Encourager le développement de la personne, développer la créativité et le pouvoir d’agir (reprendre confiance, valoriser les savoirs-faire), acquérir des compétences pour encourager l’entrée dans le monde professionnel

Le jardin est un formidable outil permettant aux personnes en situation de grande précarité de reprendre confiance en leurs capacités, soit en partageant leur savoir-faire, soit en apprenant de nouvelles compétences. Elles accèdent ainsi au statut de « producteur » et peuvent un instant sortir de la spirale administrative et des problématiques récurrentes énoncées auprès des travailleurs sociaux.

  • Produire une alimentation saine et locale

Se nourrir sainement est souvent un défi pour les publics précaires. Produire et cuisiner ses légumes est un premier pas vers l’autonomie alimentaire. Le jardinage développe l’attention portée à un bon équilibre alimentaire des jardiniers tout en rendant compte de l’importance des rythmes saisonniers dans le fonctionnement de notre planète. En prenant soin de la terre, les jardiniers prennent soin d’eux-mêmes. 

Par ailleurs, le jardin potager urbain permet de valoriser et remettre en culture des terrains souvent laissés à l’abandon dans les villes. Les jardins sont partie intégrante du paysage urbain et leur aménagement est conçu avec une certaine sobriété de moyens. Ils participent à la diversification du cadre de vie en réintégrant le végétal au cœur de la ville. Ils deviennent ainsi des espaces de respiration et de création dans lesquels chacun peut se ressourcer et mieux-vivre. Grâce à l’agroécologie, l’enjeu est de contribuer à protéger les sols, multiplier la biodiversité et d’embellir des espaces en friche.

Notre projet : une première expérimentation à Montpellier

Fruit d’une collaboration inédite entre Terre et Humanisme et l’association « La Boussole »[1], le premier jardin solidaire est né à Montpellier, en réponse à une sollicitation des demandeurs d’asile accompagnés par les structures membres de la Boussole.

Très impliquée dans la dynamique agroécologique territoriale montpelliéraine, régulièrement en lien avec les structures d’insertion où le potager et le maraichage ont depuis longtemps fait leurs preuves pour redonner goût à la terre et à la vie, et soucieuse de la dimension humaine de son approche, Terre et Humanisme a souhaité encourager la création d’un jardin agroécologique en réponse à la sollicitation du collectif la Boussole.

T&H a obtenu une subvention du CRAPS (Centre de Réflexion et de d’Action Psycho Sociale) pour créer et animer un jardin agroécologique d’insertion sociale sur un terrain au centre-ville de Montpellier (Quartier Gambetta). Ce terrain de 150 m2 appartient à la ville de Montpellier et est situé dans l’enceinte de la Maison du Logement.

Depuis décembre 2017, des ateliers hebdomadaires, accompagnés par un animateur en agroécologie connaissent un vif succès (20 participants en moyenne, 6 nationalités différentes) et les premières récoltes ont déjà donné lieu à la réalisation de repas partagés, d’échanges de recettes…

Perspectives

Fort de cette expérience et sollicité par d’autres associations d’accueil de migrants, TH aimerait essaimer cette idée sur le territoire. Des partenariats se nouent et plusieurs sites sont identifiés. Le projet veillera à l’équilibre entre territoires ruraux, grandes agglomérations et petites villes.

Dans le Rhône avec Habitat et Humanisme, aux Vans (07) avec le CAO, à Marseille avec le Paysan Urbain, à Sète avec le CADA : de belles perspectives pour cultiver la solidarité !

 

[1] Cette association, née en 2016 d’une dynamique collective novatrice impulsée par les travailleurs sociaux de diverses structures locales (CHRS (Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale), CADA (Centres d’Accueil pour Demandeurs d’Asile), Maison Relais/Pension de Famille, etc.) a pour vocation d’agir en faveur de l’accès à la culture, au sport et à la citoyenneté des publics en grande précarité, favorisant la reconstitution du lien social et donc la cohésion sociale

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